26/09/2014

Préambule

Cela fait maintenant bien longtemps que j’écris des trucs sur le foot – entre autres –, et plus particulièrement sur les rencontres disputées par le RSC Anderlecht, mon club de proximité depuis mon enfance ! Parfois j’en relis l’un ou l’autre, mais pas trop souvent car la déception est régulièrement la conclusion qui s’impose. À la réflexion, ce n’est probablement pas complètement anormal : certains matches nous inspirent sur le moment, puis le soufflé retombe, poussé vite fait dans les poubelles de l’histoire par le temps qui passe et ne revient pas.

Ci-après, on trouvera ce que j’ai pensé des matches de la Coupe du Monde 2014 – du moins de ceux que j’ai regardés –, couplés de temps à autre avec les profondes pensées du Maître et de son Olga pour détendre l’atmosphère.

Ne comptez pas trop sur moi pour vous rappeler à quelle minute Machin a inscrit ce but d’une contraction fessière face à l’Ouganda : je retire des rencontres que je regarde, des impressions générales, des vues globales, que je m’efforce de présenter d’une façon plaisante. Je laisse les détails aux statisticiens et aux archivistes.

J’espère que ce qui suit vous amusera et même peut-être – vanitas vanitatum et omnia vanitas – vous intéressera... Si jamais cela se révèle ennuyeux, refermez vite ce recueil ou le site sur lequel il se trouve : la vie est trop courte pour que l’on puisse se permettre de perdre son temps.

 

ac 15-07-2014

12/06/14 : Brésil - Croatie 3-1

Bon, ce jeudi, on est rentré de quelques jours de soleil à la mer. Quoi ? Tu t’en fous ? OK. Pour peu amène qu’elle soit, je peux intégrer cette réflexion ; mais c’est quand même pas toi qui écris… Donc, on ne s’est pas fait chier : comme on avait lu un article dans la Déache en conclusion d’à propos duquel c’était pas top pour les coucougnettes de faire du vélo, on s’est soumis au test entre les paisibles rives de l’Yser, les dunes côtières enchanteresses et les coups de vent rafraichissants qui couchent les hautes herbes bordant les polders de Bachte De Kuppe. Résultat : on aurait mieux fait, Waggie – non, elle ne s’appelle pas vraiment comme ça, mais tu t’en contenteras – et moi, de continuer à nous ravir les yeux des enivrants « Les Diables Rouges ont pris l’avion pour le Brésil » ou encore d’autres « Les serveurs de l’hôtel machin sont super contents que les Belges soient belches ». Parce que, fondamentalement, à notre retour à Bruxelles on avait encore envie de câlins, mais il y a une limite à ce que l’on peut faire dans un établissement où un minimum de tenue est de rigueur.

Donc, on s’est émerveillé du fluide esthétisme de la cérémonie d’ouverture tout en s’efforçant de masquer par quelques bâillements blasés, les envies qui nous taraudaient. Je dis ça, mais on aurait du mal à imaginer plus soporifique et plus scandaleusement lénifiant que ce bazar qui rendait principalement hommage à la magnificence de l’Amazonie en voie de déforestation et aux Indiens décimés par la colonisation assassine porteuse de massacres et de maladies fatales… Car quand je cause de soporifique et lénifiant, si on n’avait pas seulement eu le bas-ventre de l’autre en tête, c’est plutôt le qualificatif d’écœurant qui nous serait venu à l’esprit… On attend sans impatience la cérémonie d’ouverture de la World Cup 2022 au Qatar, ses méchouis dans le désert, ses chameaux qui – Jefke – blatèrent dans le soleil couchant et ses tentes bédouines sur lesquelles s’écrasent les dépouilles d’esclaves népalais – de Laeken, donc, car il en faut plus que la mort des autres pour me faire perdre mon sens du calembour.

Toujours est-il que tout a une fin sauf les andouilles qui en ont deux : le match finit par commencer, c’est-à-dire qu’il commença à finir. Rien de terriblement enthousiasmant, faut-il te le dire, entre un Brésil qui chercha son foot tout au long de la rencontre, et une Croatie qui s’amusa à essayer de le lui cacher.

Heureusement que nous eûmes droit à une grande prestation du corps arbitral : sans être foncièrement merdatoire dans le jeu proprement dit, le médiateur – terme choisi – parvint à éviter à Neymar d’entamer sa Coupe du Monde avec un carton rouge foncé avant de lui accorder un pénalty outrageant qui aurait mérité de finir sa course en tribune tant il était mal tiré. L’artiste clôtura sa prestation par l’annulation d’un but croate parfaitement valable, au grand soulagement de la tribune d’honneur : un résultat de 3-1, ça passe nettement moins vite qu’un moment de honte.

Mission accomplie donc : si avec ce genre d’avantage, le Brésil réussit à ne pas être couronné dans un mois, c’est à désespérer de faire taire les grandes gueules affamées de la saleté de racaille miséreuse qui peuple ses favelas. Allo, Blatterinho ? Ça va ? Tu dis ? Tu espères que ça suffira à moucher Platinoche une bonne fois pour toutes ? Peut-être… Mais s’il se sentait moins morveux que toi, ça se saurait.

13/06/14 : Espagne - Pays-Bas 1-5

On était tous un peu curieux de voir ce qu’il allait se passer pour ce premier choc européen du Mundial. Et on a vu : après un pénalty presque aussi douteux que celui du Brésil contre la Croatie, les Espagnols semblaient placés sur orbite. Leur foot ennuyeux, basé sur des pourcentages exagérés de possession de balle était parti pour nous casser les couilles une nouvelle fois…

Que l’on se mette bien d’accord : il n’y a pas, dans mon esprit, de mauvaise manière de gagner un match tant que l’on n’y va pas à l’intimidation ou à l’antijeu. Mais quand Barcelone et l’équipe espagnole trustent les succès depuis des années avec une circulation de balle horizontale que j’ose qualifier d’emmerdante à souhait, on se prend à rêver d’autre chose : pour rudimentaire qu’il puisse paraître aux yeux des esthètes, le hourrah football a un côté flamboyant que le tiki taka n’a vraiment pas. Quand on monopolise le ballon, on évite les ennuis, tandis que, statistiquement, l’adversaire finira bien par commettre une erreur de placement ou l’autre. Il suffira de la punir pour l’obliger à attaquer, se dégarnir, et tu connais le reste : on lui colle dans le râtelier un aimable 3-0 qui plaira beaucoup aux supporters de la victoire, mais à eux seuls.

Or donc, avec un foot généreusement assassin, l’arrogance légendaire des Keis a fini par moucher la morgue hautaine des Ibères qui ne parvinrent jamais à digérer l’égalisation clinique de Van Persie juste avant le repos. Non plus que le  1-2 de Robben peu après, à l’issue d’un mouvement que tout le monde lui connaît, mais qu’il continue de répéter imperturbablement. Les carottes étaient cuites. Elles finiront par se carboniser au terme d’une seconde mi-temps catastrophique pour les Espagnols.

On ne criera pas victoire trop tôt : le foot chiant n’est certes pas encore vaincu. Mais cette lourde défaite conjuguée à la victoire des Chiliens met la pression sur Del Bosque and co, qui les affronteront le 18 juin. Pour la pelle ?

15/06/14 : Suisse - Équateur 2-1

Petite parenthèse d’emblée : j’avais initialement prévu de te parler de Côte d’Ivoire – Japon qui débutait cette nuit à 03:00 heures, et ce au motif évident que je sais tes horaires, mon horloge, ma biologique, ma rigoureuse. Malheureusement, une plate panne de courant déconnecta la partie d’Anderlecht où je matais le match pendant un bon bout de temps aux alentours de 04:00 heures : les Japonais menaient 0-1 quand Electrabel se laissa aller ; ils perdaient 2-1 quand la même société se reprit, non sans que l’un ou l’autre cuistre ne se sente obligé de lâcher dans l’entretemps, un jeu de mot particulièrement raffiné sur le thème on n’y voit rien.

Bref… Tu connais la Suisse ? C’est le pays des banques, du chocolat au lait des vaches montagnardes polyglottes et du Lac oùsqu’il y a le plus grand jet d’eau de euh… hum, le plus grand jet d’eau du monde, qu’ils disent ! Huhuh… Comment dire… Tu aimes les belles images visiblement, mais il n’y a pas que des clichés en Suisse : il y a aussi un championnat de foot qui se déroule d’une façon très particulière. Et qui est plus que probablement à l’origine des qualités montrées depuis pas mal de temps par des équipes comme Bâle sur le plan européen ou, plus généralement, par la Nati – ben ouais, c’est comme ça que les Helvètes appellent leur équipe nationale. En causant de celle-ci, on n’aime pas trop les bougnoules là-bas, et on ne se gêne pas pour voter des lois qui les font chier ; mais quand il s’agit de foot, ces stupides arriérismes passent au second plan, je n’ai pas besoin de te l’expliquer puisque tu es fan de Fellaini ou de Kompany autant que de De Bruyne ou de Mertens, ce qui te permet de passer pour quelqu’un de Courtois.

Bon. Et l’Équateur, tu connais ? Quoi ? C’est par là, quelque part, en direction du soleil couchant ? Tu dis ? La capitale, c’est Quito mais le pays est plus réputé pour les tortues de ses Galapagos que pour son foot ? Ouais… Mais le football latino-américain nous montre des trucs intéressants depuis le début de cette Coupe du Monde et la Suisse est plus à l’aise quand elle peut jouer en bloc bien groupé et défendre avec une rigueur toute germanique. Et donc, d’une façon somme toute prévisible, les Équatoriens s’adjugèrent les premières escarmouches intéressantes du match, parvenant même à marquer sur une action où les Suisses tentèrent avec succès, de défendre comme s’ils jouaient le tour final de P4.

La suite était inscrite dans les astres mais on ne le savait pas encore : après l’égalisation, la Nati poussait tant et plus et finissait par emporter les trois points tout en fin de rencontre, mettant un peu de pression sur la tête des Français qui vont se colleter avec le Honduras d’Andy Najar tout à l’heure.

Ce sera l’occasion de vérifier ce qui se dégage comme premier enseignement de cette Coupe du Monde à savoir que le foot latino-américain intègre de mieux en mieux la rigueur européenne, ne serait-ce que grâce à l’apport de ses nombreux expatriés. Mexique, Chili, Colombie, Costa Rica : autant de victoires, pour les seules défaites de l’Uruguay et, de justesse de l’Équateur… Intéressant et rafraichissant, trouvé-je. Et tu sais quoi encore ? Toujours pas de match nul : si j’étais toi, je ne manquerais pas de garder ça en tête au moment de remplir ton prochain bulletin de pronostic…

15/06/14 : France - Honduras 3-0

Tu es au courant, ma savante, ma connaisseuse, mon experte : le très surmédiatisé foot franchouillard, sa Ligue 1 profondément casse-couilles, la vanité omnisciente de ses journalisses et moi, ça fait quatre. Avec en plus, la présence dans l’équipe hondurienne, d’Andy Najar et accessoirement, de Victor Bernardez – dont j’ai toujours admiré l’épouse plus que les qualités footeuses, je précise –, je n’ai pas vraiment besoin de te dire vers quelle équipe allaient mes sentiments.

Mais là... Quel foot flamboyant des Français ! Quelles envolées, quelle précision dans les gestes, quelle classe ! D’accord, on dira qu’ils furent quelque peu aidés par deux interventions très Premier League de Wilson Palacios, qui aurait déjà probablement été exclu sur la première si Pogba n’avait pas réagi stupidement ; mais dans ce cas, il n’y aurait peut-être pas eu de pénalty, or nos amis français peinaient à trouver le chemin de filets.

À ce stade, il me paraît utile d’ouvrir une parenthèse : je sais que c’est très laid en français, de multiplier les ‘français’ mais je refuse tout autant d’appeler les Français ‘les Bleus’ car en français, on dit ‘hématome’ et en savoyard aussi, mais ça s’écrit autrement, tandis que causer d’’Outre-Quiévrain’, faut pas déconner, quoi.

En seconde mi-temps, on a eu droit en plus à un bel aperçu un tantinet foutraque de la goal technology made in FIFA : tu es certain que sur le deuxième but français, le ballon a bien franchi entièrement la ligne, toi ? Non ? Moi non plus, tout parti-pris mis off-side, je te l’assure... En admettant évidemment que dans le contexte de ce match à sens unique, on se place là à un niveau anecdotique, il n’en reste pas moins qu’on n’a pas été convaincu du tout par la représentation de la phase en réalité virtuelle ; ce qui fait craindre des choses pour le futur...

Pour en revenir au match – ou à ce qui en a tenu lieu –, on retiendra l’aisance des Français, bien emmenés par Cabaye mais aussi par Valbuena, impérial du haut de son mètre vingt, de même que la virilité pathologique – mais presque – des Honduquedalles.

L’envers du décor c’est que dès demain, les Français seront pronostiqués champions du monde dans leur presse, mais bon, on fera l’impasse en se contentant des gazettes flamandes...

En attendant, on va se mettre en condition pour Argentine – Bosnie & Herzégovine ! Tiens, tant qu’on y est, on dit bien ‘Bosniaques’, non ? Parce que assez étrangement, je n’arrête pas de lire un peu partout ‘Bosniens’... Faut dire que j’ai aussi dû encaisser que les habitants du Costa Rica étaient des Costariciens. Mon correcteur orthographique n’a pas l’air de trouver ça plus zarbi que Costaricains, mais euh, comment dire... Ça fait inculte, tu ne trouves pas ? Quoi ? En causant de culte, je ferais aussi bien de m’intéresser un peu au tien plutôt que de pinailler comme je le fais ? Bah, on aura un peu de temps avant minuit, non ?

15/06/14 Argentine - Bosnie & Herzégovine 2-1

Ah ben, encore une chance qu’on n’aura pas traîné en route, hein, mon amour ! Sinon, on aurait loupé le premier but du match, tombé bien trop tôt et sur une phase malheureuse… Bien trop tôt car il est apparu tout au long de la rencontre que l’avantage pris par les Argentins dès la 5ème minute a placé les Bosniens dans une situation compliquée et non prévue dans le script imaginé par Susic.

Cela ne nous a pas empêché de saliver à de nombreuses reprises en admirant l’ahurissante technique individuelle de la plupart des acteurs du match, mais on a vite pigé que courir derrière le score avec Messi dans son dos, ce n’était pas ce qu’il aurait fallu pour nous permettre de vivre des débats passionnants.

En tout état de cause, et pour autant que le collectif de ces deux équipes se trouve un peu plus de liant dans le futur, on promet bien du plaisir à leurs adversaires – le Nigéria et l’Iran, si tu veux tout savoir, qui se donneront la réplique ce lundi soir après un Germanie-Lusitanie qui sent déjà bien la poudre.

Encore juste un truc : la Bosnie & Herzégovine est peuplée de personnes d’origines diverses. On y trouve des Croates, principalement catholiques, des Serbes, en majorité orthodoxes, ainsi que des Bosniaques, lesquels sont surtout musulmans. L’ensemble te donne des gens que l’on appelle les Bosniens. Quoi ? Tu n’as pas tout pigé ? Eh bien, c’est simple : tous les Bosniaques sont des Bosniens, mais l’inverse n’est pas vrai ! En revanche, les Costaricains et les Costariciens, c’est pareil. Sauf que les premiers sont bien plus beaux que les seconds, amen.

17/06/14 Belgique - Algérie 2-1

On va mettre les choses à plat d’emblée : ça fait maintenant des années qu’on paie pour voir les matches de la Jupiler Pro-League à la téloche. Alors, j’aimerais bien qu’on m’explique pourquoi, d’un seul coup, on en a eu un de gratos ! Joué en plus par des gens qui ont depuis longtemps délaissé notre vaillante petite terre d’héroïsme, contre d’autres qui, si ça tombe, ne savent même pas trop à quoi ressemble une vraie cannette de booze…

Putain, quel scénario miteux ! Vous auriez pu trouver autre chose, merde ! En pleine Coupe du Monde, au Brésil, pays du foot royal comme Pelé[1], faire jouer une équipe comme le Cercle de Bruges[2] et l’autre comme… euh, eh bien, oui, osons : Anderlecht !! Ils ont pété les plombs, c’est pas possible autrement…

Mais tout s’est passé comme d’habitude, y compris le gros couac défensif chez les Belges, excepté que là, on n’a pour une fois, rien à dire à propos du pénalty concédé. Le reste, c’était un air connu sous notre soleilleke à nous : à force de chercher, on finit par trouver et une fois qu’on a trouvé, on n’a même pas l’ombre d’une portion de cil de compassion devant la mine déconfite des joueurs de Leekens[3]. Parce qu’ils étaient vachement navrés, preuve qu’ils avaient même fini par y croire, ces gros naïfs.

Je m’en voudrais toutefois de clôturer ce pitre chat sans une mention spéciale à l’adresse de Fellaini : qu’est-ce que ce mec est venu un jour se fourvoyer en Belgique ? Quoi ? Et il venait du Maroc en plus ?? Mais c’est un Britton pur jus, ça ! Tenir debout comme ça, parvenir à le rester tout le temps, mettre son caillou au bon endroit, sans trembler, sans même craindre ne serait-ce qu’une fraction de seconde, qu’il pourrait manquer son coup… Typically british ! Il n’y a qu’eux pour ça : croire qu’on peut gravir le Mont Blanc en baskets et y parvenir, foutre de la sauce à la menthe dans du bouilli et avaler ça avec un sourire condescendant, imposer au monde une langue bâtarde au vocabulaire limité… Faut le moral, hein ! Eh bien, il l’a ! Au-delà de ce que des gens normaux comme nous peuvent imaginer : il somnole sur le banc de touche, on le réveille, on lui dit « Monte au jeu ! », il lace ses godillots sur ses pieds carrés et il t’envoie un coup de tampon jex juste sous la barre… Phénoménal, il n’y a pas d’autre épithète dans mon dico.

Remarque que l’autre nain, là, Drieske, il n’est pas mal non plus dans son genre : sa patate pointure 37 restera dans les analgériennes, tu peux être sûr !

Bon, c’était dur, pesant, compliqué, mais c’est fait : avec le match nul des Russes face aux Coréens, les chances de sortir des poules ont bien augmenté. Mais il serait mieux de finir en tête du groupe, histoire d’éviter de se frotter si tôt aux Teutons – petits navires.



[1]Cherche, carnivore, cherche !

[2]No offense, Lorenzo, on t’aime toujours !!

[3]Je sais qu’il ne s’appelle pas comme ça, l’entraîneur des Algèbres, mais l’autre a un nom à coucher dehors ; et il prône visiblement, comme Leekens, un foot à rentrer dedans.

17/06/14 Brésil - Mexique 0-0

Évidemment, après les émotions du match précédent, redescendre sur terre n’allait pas vraiment de soi, surtout que l’on n’a pas été aidé par une nouvelle prestation peu enthousiasmante du Brésil. Il n’empêche, qu’avec 4 points, le pays organisateur semble bien parti pour se qualifier, peu importe, hélas, que les trois premiers qu’il a glanés ne lui aient été attribués que grâce au renfort bienvenu de l’arbitre.

Et méfiance aussi : il est arrivé bien souvent que le titre finisse par couronner une équipe qui n’avait pas trop bien entamé sa Coupe du Monde.

18/06/14 : Australie - Pays-Bas 2-3

Bon, on s’est bien marré, les Aussies auraient probablement mérité mieux à l’issue de ce match un peu fou, mais de l’autre côté, il y avait Van Persie.

On s’est dit qu’effectivement, tout le monde avait sous-estimé la qualité des Australiens. Et eux aussi, sans doute, mais c’est trop tard, ils rechaussent leurs chaussures à semelles magnétiques et retournent down under…

18/06/14 : Espagne - Chili 0-2

Après ce que j’avais écrit du match des Espagnols contre les Hollandais – oui, je sais que la Hollande n’est qu’une partie des Pays-Bas et bla bla bla – un de mes potes m’a gentiment reproché d’avoir tiré sur une ambulance.

Bah, un peu de temps a passé depuis et le patient en a profité pour décéder. Quoi ? Non, en effet, on ne tire pas sur un corbillard non plus : ce serait indécent et en plus, ça ne servirait à rien.

Ceci dit, deux goals pour la pelle du 18 juin, ça te dit encore quelque chose ?

19/06/14 : Uruguay - Angleterre 2-1

Les Anglais n’avaient pas mal joué contre les Italiens d’Andrea Pirlo ; mais ils avaient perdu, ce qui les plaçait dans une position inconfortable. À l’opposé, les Uruguayens avaient frôlé le fond du ridicule face au Costa Rica. Et d’ailleurs, ils avaient perdu, ce qui les plaçait dans une position inconfortable. Quoi ? Ben oui, copier coller : quand tu perds ton premier match, il faut que tu gagnes le deuxième ; ou que tu dises adios à ta femme de chambre préférée tout en faisant ta valoche les yeux humides.

Disons-le tout net, on n’a jamais cru que les Anglais pouvaient espérer quelque chose de ce match. Même pas quand Rooney leur a permis de recoller au score : sans ses très nombreux étrangers, la Premier League manque cruellement de génie, de fantaisie, de lyrisme…

Note bien, ma scribe, ma graphique, mon appliquée, qu’en face, ce ne fut pas non plus le nirvana : par exemple, entre deux coups vains de poêle de Godin, l’arbitre aurait probablement dû trouver le temps de chauffer ce dernier au rouge. Heureusement, plus haut dans le jeu, il y avait Edinson Cavani et Luis Suarez. Tant pis pour les Anglais : arithmétiquement, ils peuvent encore survivre à cette phase de poule, mais tout laisse penser que cette dernière est déjà dans le pot – le leur…

Tiens, juste en passant : on est approximativement à la moitié des matches de groupe et, toujours approximativement, un tiers de ces matches se sont terminés sur le score de 2-1 ou 1-2. Marrant, non ? Quoi ? Tu ne trouves pas ? Question comique, tu préfères le blog de Madame Defour sur dhnet.be ?!? Comment ? Tu l’imagines bien occupée à scribouiller quelques lignes entre deux solos de mandoline car dans absence il y a surtout sens ? Pfff… Dévergondée que tu es !

22/06/14 : Belgique - Russie 1-0

Je l’ai déjà dit et écrit : il n’y a pas de mauvaise façon de gagner un match. Mais quand même… Tu t’es envoyé cette daube ? Donc, tu en sais tout, mais je te récapitule quand même au cas où tu aurais dit à une certaine dame que tu allais mater le foot avec des potes alors qu’en vérité, tu allais le prendre avec une incertaine autre.

On a admiré Dries Mertens pendant un bon quart d’heure ; on a constaté qu’Alderweireld avait commis une faute dans le rectangle et on a été bien content que l’arbitre l’ait zappée ; on a remarqué que les Russes galvaudaient des occasions franches et que la pendule se hâtait avec lenteur, un peu comme ces Diables peu endiablés ; on a vu les potes à Capello, à la ramasse en fin de partie, se faire cueillir par des Belches soudain revigorés ; on s’est exorbité sur un très beau piquet de Mirallas ; et enfin, on a apprécié deux actions d’Hazard, dont une fut conclue de manière exemplaire par Origi.

Après, on a entendu. Les klaxons des footix dont la plupart n’ont jamais mis les pieds dans un stade mais qui estimaient indispensable de sortir la caisse et les drapeaux pour fêter une victoire étriquée acquise à l’issue d’un match terne et ennuyeux. Dans le tintamarre, on a aussi entendu quelques interviews dont tu avais deviné la teneur avant qu’elles ne démarrent, ma sagace, ma clairvoyante, ma finaude : « Aujourd’hui, il nous fallait les trois points et on les a eus, que demander de plus ».

Eh bien, ce que l’on demande de plus, c’est un peu plus de vrai football, parce que là, on mérite surtout la médaille de l’équipe la plus chiante à regarder jouer. À côté de nous, l’Italie du temps du catenaccio serait parue enthousiasmante...

On va reconnaître à nos chers compatriotes le mérite de l’efficacité : deux victoires en deux matches de Coupe du Monde, c’est très bien. Contre deux équipes qui n’avaient pas une envie folle de jouer le jeu, c’est remarquable. Mais est-ce qu’on ne pourrait pas imaginer un peu autre chose ? Avec des stars mises à la disposition d’un staff affûté, on aimerait un peu plus de raisons de s’enflammer, bordel !

Bon, je vais arrêter de doucher ton patriotisme aussi flamboyant que retrouvé, et laisser souffler sur ton auguste front, un vent d’optimisme à côté duquel les prouts de ta grand-mère feraient figure de vague brise : les équipes qui ont remporté la Coupe du Monde ont toujours produit un football de merde en début de tournoi. Et paf ! Tu l’avais sentie arriver, celle-là ?

Il n’empêche… Tu as vu Corée – Algérie qui suivait ? Non ? Tu étais en train de picoler parce que rentrer chez toi sans sentir la booze, ça aurait éveillé des soupçons ? Ah oué... Eh bien, laisse-moi te dire que ce match-là était nettement plus sympa à regarder. De même que le Portugal – USA de minuit : des actions, des envolées, du suspense, des buts. Bref, rien à voir avec la resucée du béton à la Guy Thijs que nous propose Wilmots depuis cent quatre-vingts minutes. Quoi ? Ça avait bien fonctionné il y a trente ans ? Mouais... Les frères Millecamps and co, je ne suis pas et je n’ai jamais été le trésorier de leur fan-club, si tu suis la direction de mon regard d’émeraude fixé sur la ligne bleue du string de ta copine…

25/06/14 : J'ai lu la Déache

Ben ouais… Et j’y ai appris – entre autres, ne soyons pas outrageusement négatifs – que Vincent Kompany, pressenti à Barcelone, n’y irait pas. C’est ce que l’on appelle un non-évènement, donc. Voyons les choses en face : quand tu paies pour lire ça, tu as un peu le sentiment de te faire enculer à l’insu de ton plein gré, ce qui n’est pas nécessairement agréable.

Mais j’y ai aussi lu que Defour se montrait agacé des critiques qui se sont abattues après les deux premières prestations des Belches. En substance, donc, « On a joué deux matches et on les a gagnés. On décause Eden Hazard mais il a déjà deux assists à son crédit et son pourcentage de passes réussies est l’un des plus élevés du tournoi. On fait la grimace devant notre football mais nos adversaires ont dû couvrir un kilométrage important pour finir par ne pas réussir à nous contrer. Alors, c’est quoi votre problème ? C’est comme dans les tribunes au Sporting : le fils de ton voisin ferait aussi bien que Deschacht, si pas mieux ? Allez, retournez à vos traitements de texte et foutez-nous la paix ! ».

Bon, voyons les choses en face : la critique étant plus facile que l’art, il n’a pas complètement tort. Mais comprends-nous aussi, Steven : on sait que les Diables accumulent une somme impressionnante de talent. Et dès lors, on est un peu déçu, pour ne pas dire plus, de ne pas les voir reproduire les performances enthousiasmantes des éliminatoires… Tu dis ? « Tu le fais exprès ou quoi ? Tu ne distingues pas la nuance qu’il y a entre les éliminatoires de la Coupe du Monde, et cette dernière, version pur sucre ? ».

Mais si, mais… « Ah bon, j’ai eu peur. Eh bien, alors, contente-toi de déguster les résultats que nous faisons. Et arrête de chipoter sur la manière : quand on a à faire à des équipes qui montent sur le terrain avec pour seul objectif de nous empêcher de développer notre jeu, on doit utiliser ce que nous avons comme armes pour les battre, punt uit ! ».

D’accord, mais quand même, appliquer ce genre de recette quand il s’agira de matches à élimination directe, serait très risq… Ah, merde, il a raccroché. Mais effectivement, rien ne nous dit que la Belgique continuera de proposer un jeu aussi peu plaisant à partir de ce stade de la compétition. Fingers crossed...

26/06/14 : Belgique - Corée du Sud 1-0

Tu as déjà essayé de te représenter la manière de laquelle un aveugle peut vivre un match de football ? Non ? Eh bien, moi oui, et cela m’a placé, toutes proportions gardées et pendant 90 minutes seulement, dans la peau d’une amie au demeurant charmante, que je salue au passage. Étant donné que j’ai été occupé à étancher la soif des autres pendant la plus grande partie de la rencontre, je n’ai eu qu’à de très rares reprises, l’occasion de jeter un coup d’œil en direction de l’un ou l’autre écran.

Sans aller jusqu’à dire que c’est une expérience que je renouvellerai dès que possible, j’ai quand même trouvé ça intéressant : les sons, les commentaires, les grognements, les soupirs, interjections, onomatopées et bruits de fesses glissant sur le cuir des fauteuils, acquièrent une dimension que l’on ne leur accorde pas tant qu’on a le regard braqué sur une pelouse. On sent très bien si le jeu est passionnant ou chiant, s’il y a danger d’un côté ou de l’autre, tandis qu’à la manière de laquelle le comment tâteur énonce les noms des joueurs, on se représente leur position sur le terrain, comment ils se débrouillent avec le ballon, s’ils sont bons ou s’ils manœuvrent comme des quiches dans un four, etc.

En tout état de cause, je peux te dire que tu n’as de nouveau, pas vécu un match digne du label ‘Coupe du Monde’. Quoi ? Ah, tu étais déjà au courant... Mais quoiqu’il en soit, j’ai bien le sentiment que les Belches commencent à inquiéter : toujours pas de vrai niveau de jeu, mais des victoires qui s’enchaînent les unes aux autres, que ce soit à 11 ou à 10 – encore bravo, Steven D., pour ce magnifique tacle les deux pieds en avant – et une défense qui tient le coup...

Bah, ce mardi, on jouera contre les États-Unis, à savoir une resucée qui m’est apparue plutôt réussie du Bundesfußball qui tant fait bander le Tracteur de Dongelberg. Malheureusement, sans Anthony, auteur d’un match plus qu’intéressant, mais bien sévèrement puni d’une puérile petite provoc par une agression, qui, elle, passera pudiquement à la trappe : la FIFA a décidé que seules les morsures sont condamnables, les coups de coude assassins et autres tacles à hauteur de la glotte, c’est rien que du bidon, circulez.

28/06/14 : Brésil - Chili 1-1 (3-2 a.t.)

Bon, on peut critiquer le jeu des Belches, mais quand tu mates les Brésiliens, je te mets au défi de trouver quelque motif que ce soit de te réjouir. Putain, que c’est mauvais. C’est pas compliqué, si on les habillait de Mauve et Blanc, tu aurais déjà réclamé la tête de leur entraîneur depuis bien longtemps. Et celle du Herman carioca dans la foulée, car merde, quoi : dans un pays de deux cents millions d’habitants, faut vraiment être un demeuré fini pour ne pas parvenir à repérer un attaquant un peu moins rudimentaire que cet incrédible Hulk et un peu plus doué que ce Jô à la con ! Ou que le Fred là, avec son look de garçon coiffeur des années 50... Pfff, on en aurait l’âme en table.

Soit, c’est sûrement un combat d’arrière-garde que de pleurer toutes les larmes de son corps sur ce match au cours duquel on n’aura vu que les Chiliens : ils n’ont eu comme tort que de taper la barre à la 120ème minute de jeu, mais ce tort-là, ils l’ont eu. Leur football léché et raffiné, pimenté de la juste dose d’agressivité n’aura pas suffi à leur permettre de se sortir de ces huitièmes de finale. C’est dommage, mais qu’en dire encore : face the truth, on s’en remettra plus facilement qu’eux.

28/06/14 : Colombie - Uruguay 2-0

Restons sérieux : si on t’avait dit, il y a quelques mois d’ici, que se disputerait ce soir une rencontre à ne surtout pas rater, tu te serais gaussé. La moquerie aurait dégouliné de ta morgue, la raillerie aurait déglingué ton interlocuteur aussi sûrement que ton haussement d’épaules l’aurait mortifié. Et tu aurais eu tort : on avait déjà eu la très nette impression que la Colombie c’était du sérieux quand les compatriotes à Pablo Escobar étaient venus s’expliquer avec les Diables Rouges en fin d’année passée. Ils avaient effectivement confirmé le bien que l’on pensait d’eux durant la phase de poule.

Mais là... Quel foot magnifique ! Quel esprit d’équipe, quelle solidarité entre ces joueurs dont certains, à la Cuadrado ou à la James Rodriguez, sont de vrais surdoués ! Et quels goals géniaux, face à des Uruguayens clairement orphelins de Luis ‘Laat je ploeg maar in de steek’ Suarez !!

Magique ! Il n’y a pas d’autre mot et il n’est pas trop fort.

29/06/14 : Pays-Bas - Mexique 2-1

On est un peu triste pour les Mexicains, car ils livrèrent une bonne partie à l’issue de laquelle, toutefois, ils ne purent que se préparer à rejoindre les Chiliens à l’aéroport. Mais bon, après que Sneijder – toujours aussi peu à son affaire le reste du temps – eut fait le gros du boulot en égalisant, il fallait s’attendre à ce qu’une des actions de Robben finisse par faire mouche. Évidemment qu’il a plongé sur le tackle de son opposant ; mais nier que ce dernier lui bloque le pied, reviendrait à nier l’évidence... Le pénoche d’Huntelaar n’était plus qu’une formalité pour lui, on connaît la force de caractère des Bataves.

Le moment comique de la soirée survint durant la 3ème mi-temps, quand la célèbre Christine S. nous asséna un ineffable « Les Mexicains auraient au moins mérité de disputer des prolongations ». Si ce n’est pas ce que l’on appelle de la cruauté mentale...

29/06/14 Costa Rica - Grèce 1-1 (5-4 a.t.)

Autant le reconnaître d’emblée, je n’étais pas supporter des Grecs. Pas que j’aie quelque chose contre eux, mais franchement, leur foot défensif, merci bien. Surtout en regard du jeu flamboyant et décomplexé que les Costaricains avaient montré en poule. Puis j’ai appris que les Grecs, soucieux d’apporter leur pierre à la reconstruction économique de leur pays, avaient décidé d’abandonner leurs primes de match à leur fédération pour lui permettre de redéployer ou de corriger certaines choses dans le football hellène...

Je n’en ai pas pour autant râlé quand le bien connu Bryan Ruiz ouvrit le score d’une frappe à ce point bourrée d’effet qu’elle laissa tout le monde pantois. Mais bon... L’égalisation de Sokratis, en toute fin de rencontre, ne me mit pas en colère, si tu vois ce que je veux dire. D’autant plus qu’en vérité, les rôles avaient été inversés pour l’occasion, avec un Costa Rica plus que bien organisé, et une Grèce étonnamment offensive. Après une fin de match épique – on est Grec ou pas, bordel – on, allait logiquement aux tirs au but. Et Ruiz marquait le sien, un sale sourire illuminant sa face goldmanienne de quand JJ était jeune. Ça ne t’a rien rappelé, ma mémoriale, ma mnémonique, ma rancunière ?

30/06/14 : France - Nigeria 2-0

Contrairement à toute attente – car je viens d’une époque où ils étaient vachement meilleurs en cuisine et en drague qu’en foot –, les Français avaient enthousiasmé tout le monde durant la phase de poule, avec un jeu dynamique, offensif et agréable à regarder.

Il n’en fut pas de même ce soir : on dut en effet, attendre l’heure de jeu pour retrouver la France que l’on aime – et toc pour ceux qui croient que je suis francophobe en football –, avec Griezmann, Valbuena et Cabaye aux positions clés. À croire que le pénalty pudiquement oublié d’Evra et le tacle assassin commis par Matuidi sur Onazi – avec un nom pareil, tant pis pour lui –, et seulement puni d’un carton jaune, avaient réveillé tout le monde...

Le reste coulait de source : sur un corner, la pression française poussait Eneyema à vaguement caresser un coup de coin au lieu de le boxer ; Pogba n’avait jamais eu une tête aussi facile à faire et ouvrait la marque peu avant que, coincé par Griezmann, Joseph Yobo – oui, oui, celui du Standard, coéquipier pour la circonstance, de Gabriel, sociétaire de Waasland-Beveren – n’offre aux mangeurs de grenouilles, un 2-0 certes mérité mais qui fut bien long à se dessiner.

Pas de faux fuyant entre nous : à l’heure qu’il est, je sais déjà le résultat du match suivant. Dès lors : « Dites donc, les p’tits gars, faudra montrer autre chose contre vos cousins Germains, sinon vous vous retrouverez dans le car, comme il y a quatre ans ! ».

30/06/14 Allemagne - Algérie 0-0 (2-1 a.p.)

Tu as vu de beaux matches déjà, durant cette Coupe du Monde, n’est-ce pas, ma tendresse, mon icône, mon idole : France – Honduras, par exemple, ou Australie – Pays-Bas, ou encore Nigeria – Argentine... Eh bien, sache que toutes ces rencontres ont été disputées à Porto Alegre, dans le sud du Brésil, où l’hiver austral est le plus marqué.

Et sache encore que cet Allemagne – Algérie, qui restera dans les mémoires tant il vit les deux équipes s’employer jusqu’à leur dernier souffle, avait lieu en cet endroit, lui aussi. Preuve, si on en voulait une, que le football n’est certes pas un sport à pratiquer sous des températures qui incitent plus au farniente qu’à consentir de lourds efforts physiques.

Parce que le score sur lequel les 90 premières minutes se clôturèrent, est trompeur. En 1ère mi-temps, les Algériens bien en jambe et nettement plus attrayants qu’ils ne le furent contre la Belgique, prirent carrément à la gorge une équipe allemande qui peinait visiblement à trouver la bonne carburation. Les Teutons se réveillaient par la suite et héritaient de quelques occasions tout en devant rester vigilants car les contres algériens n’étaient pas piqués des hannetons.

Toutefois, pour être franc, ce furent surtout les prolongations qui marquèrent les esprits. Tu ne les as pas vues ? Pas grave, on te les repassera sûrement sur l’ARD ou sur la ZDF ; probablement pas sur Algeria TV, non, en effet...

Mais donc, comme ça, il ne reste plus rien des riens : à la trappe, les Algériens, les Équatoriens, les Honduriens, les Ivoiriens et les Nigér... ians.

01/07/14 : Argentine - Suisse 0-0 (1-0 a.p.)

 

Je t’ai déjà dit que j’ai des amis suisses, ma transfrontalière, ma multinationale, ma citoyenne de la terre ? Non ? Eh bien, voilà, c’est fait. Quoi ? Oui, mon amour, on ira cet hiver, téléphone déjà à ton banquier, ça va aller... Mais non, ne t’inquiète pas, chérie : une catastrophe, c’est quand on ne s’y attend pas. Sinon, il s’agit d’un évènement conjecturé, d’une péripétie planifiée, d’une éventualité provisionnée...

 

En revanche, je suis sûr que tu sais que j’ai des sympathies argentines : Frutos, Pareja, Biglia, Suarez... Autant de joueurs qui font que l’on aime aussi l’Albiceleste à Anderlecht.

 

Si bien que j’étais un peu partagé à l’entame de ce match, entre la perspective de chatter avec des amis pendant un quart de finale – car les Belges vont passer, c’est certain – et celle de voir Lucas Biglia mettre un peu d’ordre dans l’organisation de jeu argentine. C’est cette dernière qui prévalut. Même s’il fallut attendre bien longtemps pour le voir monter au jeu, on sentit très vite son coup de patte au sein d’une équipe qui n’avait valu jusque là que par la présence de Messi et surtout, de Di Maria.

 

Dire que certains grands connaisseurs le critiquaient quand il évoluait au Sporting. Sûrement les gros malins qui se plaisaient à critiquer Lukaku, dans la foulée malodorante d’un certain Stéphane Pauwels, que même ses grands amis français commencent à trouver pesant.

 

01/07/14 : Belgique - États-Unis 0-0 (2-1 a.p.)

Je vais t’en raconter une bien bonne. Malheureusement, elle ne te fera peut-être pas trop rigoler : le 20 juillet, c’est-à-dire, dans approximativement trois semaines, le Sporting affrontera Lokeren en finale de la Supercoupe de Belgique. Et une semaine plus tard, ce sera l’entame de la saison régulière de Jupiler League... Tu vois le topo ? Ça ne va pas être de la tarte, je préviens : on va tous redescendre sur terre, soyons-en assuré ! D’un seul coup : krak ! Comme quand ta belle-mère débarque à l’improviste alors que tu t’apprêtais à grimper avec cravache, bottes et éperons, sa chère fille fringuée pour l’occasion en soubrette vicieuse : « Ainsi, vous aviez des idées, mon gendre ? Eh bien, gardez-les pour plus tard, grand garçon ; pour l’heure, dégustez-moi ce morceau de quatre quarts en béton armé que j’ai cuisiné à votre intention, et dites m’en des nouvelles s’il vous reste un peu de force dans les maxillaires ! ».

Ah ça... J’en connais qui vont être déçus, après avoir vécu un match comme celui de ce soir : bien sûr, une majorité de Diables Rouges ont joué en Jupiler League. Mais si tu espères voir dans notre chère Pils Liga, quelque chose qui approcherait ne serait-ce que vaguement, la rencontre disputée par les Belches contre les Américains ce mardi soir, tu te berces de douces illusions...

Contrairement à ce que j’ai entendu après le match, et à ce que j’ai lu dans certains médias, tout ne fut pas parfait. Quand je vois, par exemple, que la Déache a mis à Kevin De Bruyne, une note de 10/10, c’est franchement déconner !

 KDB a très bien joué, il a marqué et il a donné un assist à Lukaku dans les prolongations, mais lui coller 10/10, c’est ridicule ne serait-ce qu’au motif qu’il a manqué au moins une occasion d’ouvrir le score en cours de match : c’est typiquement le genre de réaction chauvine qui déconsidère la performance du joueur en versant dans l’excès. Or, je n’ai pas besoin de te le dire, ma proverbiale, ma sentencieuse, mon évidente : tout ce qui est excessif est insignifiant.

De la même manière, tout le monde s’extasie sur la prestation de Tim Howard, auteur d’une bonne quinzaine d’arrêts. D’accord... Mais quand on sait qu’il est atteint du syndrome de La Tourette, on se demande quand même s’il ne l’aurait pas quelque peu jouée à l’intimidation envers certains Belges...

De plus, on ne devrait pas oublier pour autant que les attaquants belges lui facilitèrent quand même un peu les choses en évitant de viser dans les coins. Pour mémoire, dès qu’il fut confronté à une frappe à la fois puissante et placée, il dut s’avouer vaincu. Et sur la deuxième – une patate dans le plafond signée Lukaku –, il n’eut pas plus fière allure...

Donc, non, tout ne fut pas parfait : il arrive bien souvent qu’une équipe qui oublie de marquer, comme les Diables ce mardi soir, se prennent un contre assassin qui envoient son si bon match aux oubliettes de l’histoire, côté déchets non triés. Et le hold up faillit se faire, en fin de temps règlementaire : si Wondolowski s’était montré un peu moins maladroit, toute la Belgique serait en train de se lécher les plaies à l’heure qu’il est.

On pouvait probablement compter, en l’occurrence, sur un certain manque de méchanceté de la part des Américains. Ce ne sera sûrement pas le cas des Argentins : pratiquement tous habitués de la Champions League, ils savent que l’on ne se fait pas de cadeau à ce stade d’une compétition et que la moindre occasion doit être exploitée – surtout que le niveau fait que l’on ne peut s’en créer beaucoup.

Même s’ils ne semblent pas au meilleur de leur forme, les Argentins sont clairement d’une autre trempe que les Américains, ne serait-ce que par l’expérience qu’ils ont accumulée. Les éliminer ne sera donc certes pas une partie de rigolade.

Pourtant on aimerait bien... Avec un peu de chance, ça nous permettrait de nous frotter aux Hollandais en demi-finale :   #ILove2HateKeisbolleuh   J

04/07/14 : France - Allemagne 0-1

Tu te souviens de Puffi ? Lady von Müllignaß von Sankt-Guido und Delinde-Böremesse ? Non ? L’aristocrate eurasienne exilée à Plombières suite à un tuyau percé ? Celle qui tient un bar quand elle s’emmerde et qui emmerde les autres le reste de son temps... Ça te revient ? Bien ! Tu m’as fait peur : je me voyais déjà t’amener un bouquet de fleurs et des yaourts tous les dimanches dans cette grande maison où le personnel est en blanc et où ils sont tous très gentils sauf la grosse black qui te fait tes piqûres et qui, tous les vendredis, t’oblige à manger de la sole qu’en vérité c’est de la plie ou du flet, ils ont sûrement dû serrer les budgets car c’est la crise et gnagnagna...

Bon, Puffi, donc. Figure-toi qu’elle a un amant ! Ça c’est de la news, hein ! Oué, fieux, elle est avec un pei. En 2014 ! Alors qu’on navigue depuis si longtemps dans des eaux où foisonnent des gouinasses, des pédoques, des cougars, des pères verts, des MILFs, des GILFs, des pornocrates, des soccermoms, des zoophiles, des nécrophiles, des philosophes culiens, des métrosexuels, des plurisexuels, des bondagistes, des escargots hermaphrodites à pléonasme intégré, des évêques gérontophiles, des sad diks, des mazes au schiste, et j’en oublie certainement – ils n’ont qu’à m’envoyer un mail, je ferai ce qu’il convient pour appuyer leurs revendications afin que leur spécificité soit dûment reconnue, approuvée et labellisée.

Comme quoi, les modes ne sont jamais qu’un éternel recommencement. Si ça tombe, avant que je ne lâche la rampe, je vivrai encore le retour des pattes d’eph qui se déchiraient avec tant de volupté dans les chaînes de vélo, des chemises à fleurs bien cintrées sur nos bedaines de buveurs de bière et des pointes de col qui pendouillaient jusqu’aux nibards ! Sans te causer encore des vestes spécialement taillées pour te gommer la carrure, ce qui se mariait parfaitement avec les coiffures gonflantes pour te donner un look de spermatozoïde endimanché façon Michel Drucker...

Revenons au mec à Puffi : un jeune homme charmant – pour moi, c’est une bière – qui aurait pu être garagiste s’il avait étudié la mécanique, dont l’atelier se serait appelé « Les Six Troënes » s’il avait été pote avec Brigitte Lahaie, et dont je ne t’aurais pas parlé si euh... En fait, pourquoi je te cause de lui ? Merde, voilà que ça m’échappe... Bordel, mais c’est ta faute aussi, à toujours vouloir que je te ponde du gratiné, de l’exorbitant, du scandaleux ! T’as pas encore intégré le fait que ça me rend honteux d’être catalogué par d’aucuns comme pornographe ? Je veux pouvoir être lu par tout le monde ! Et sans que les gens se sentent obligés d’aller se cacher aux cabinets, please !! Terminé, les biroutes féroces en perpétuelle érection communale qui rentrent comme des TGV dans des chattes béantes et dégoulinantes quand ce n’est pas dans des anus affamés ! Finies, les dégustations de fruits de mer ! Aux chiottes, les cravates de notaire et autres multi-masturbations alter-pénétratives de mes couilles ! À la poubelle, les clés de l’appart 12 !! Mais bon, ça ne se fait pas comme ça, d’un seul coup : ça prend du temps. Puis, tu sais comment ça marche, on n’est jamais à l’abri d’une rechute ; du coup, le stress m’étreint, m’habite ; et j’en perds mes repères...

Soit... France – Allemagne, donc, où l’introduction n’a pas été aussi longue : on avait à peine descendu deux binouzes, on s’apprêtait à open the bag of potato chips with pickles quand patatras, goal pour les Goths. Les Gaulois essaient de réagir, mais pas trop : il reste encore du temps, on va quand même faire un peu gaffe à ne pas s’en ramasser un deuxième dans le caleçon à fleurs, car là, brunit[1]. Et tout le match se déroule sous l’emprise de cette espèce de frilosité française, jusqu’aux environs de la 80ème minute. Là, on a de moins en moins le choix, évidemment : si ça continue comme ça, tu fais ta valoche. Seulement, tu as déjà un match dans les pattes, et un vrai : dans la position favorable qu’ils occupent, les Germains se sont contentés de te laisser venir. Et les secondes s’égrènement jusqu’à devenir des minutes, et tu perds. À l’insu de ton plein gré. Quoique...



[1] Et son tsar cosy, ajouterais-je avant de sortir...

04/07/14 : Brésil - Colombie 2-1

Je vais te faire un aveu : je n’aime pas la manière de jouer des Brésiliens en cette année 2014. Sacrilège ? Ouaÿ... Ils gagnent, certes, mais toujours par la petite porte ou avec l’aide de l’arbitre. Mais on connaît la plus célèbre des lois de Murphy : quand quelque chose peut merder, dans la durée, ça finit toujours par merder, demande à ce qu’il reste des habitants de Tchernobyl. Et là, avec Neymar blessé, salement puni des coups de coude qu’il a distribués, et Thiago Silva qui sera suspendu pour double carton jaune – si la FIFA ne fait pas un geste –, je leur souhaite bien du plaisir contre l’Allemagne en demi-finale. Là-dessus, je vais enfiler un falzar : mater Argentine – Belgique, en calebard, faut pas déconner quand même ! Quoi ? Tu n’aurais jamais imaginé qu’un auteur de ma classe, de ma renommée, de ma popularité, puisse t’écrire délicatement revêtu de son slip léopard ? Rassure-toi, j’ai déjà fait pire...

05/07/14 : Argentine - Belgique 1-0

Je t’ai déjà dit que j’ai un appareil presque magnifique, doté d’un écran de 7 pouces et qui capte les images diffusées sur la ‘Télévision Numérique Terrestre’ – in English, Digital Video Broadcast - Terrestrial –, par la RTBF et la VRT ? Non ? Eh bien, c’est fait.

Donc, on était tous devant des grands écrans... Ceux qui s’étaient soudain sentis transportés par un amour immodéré du football avaient choisi les displays géants proposés par la Déache. Ils y étaient allés en voiture, de manière à pouvoir faire prendre l’air à leurs drapeaux et écharpes au son de leurs klaxons – en cas de victoire uniquement, hein, les losers c’est pas leur truc.

Les autres avaient préféré regardé le match assis : depuis le temps qu’il n’y a pratiquement plus de places debout dans les stades, les hémorroïdes nous causent plus de souci que nos varices, mais tout le monde a l’air de s’en foutre.

Puis, le match a commencé. Pas trop mal, mais pas longtemps non plus : dès la 8ème minute, une perte de balle apparemment anodine de Kompany atterrissait avec beaucoup de malchance sur le pied d’Higuain, qui, avec une classe dingue, expédiait une très belle reprise de volée dans le but belche. C’était suffisant pour que l’on se tape, à partir de là, un remake agaçant du match de la veille, entre l’Allemagne et la France : on poussait mais pas trop pour éviter de se prendre une deuxième caisse en contre, et ce manque d’audace mettait les Argentins sur le velours. Le dernier quart d’heure se résumait en une espèce de kick and rush aka hourrah football, emballant mais stérile.

Anecdotiquement, on a remarqué la pauvreté du match joué par Eden Hazard : où est passé le gamin flamboyant qui dope Chelsea tout au long de la saison ? Vaguement occupé à des tâches obscures, il ne s’est pour ainsi dire jamais démarqué et a dès lors, touché un nombre bien trop faible de ballons. Quand on entend Rodrigo Beenkens se lamenter sur le fait que, « dès qu’il tente quelque chose, automatiquement, deux Argentins viennent tenter de le coincer », on a pourtant bien envie de lui répondre que c’est comme ça toute la saison ! Même topo pour Dries Mertens, qui avait enchanté tout le monde en phase de poule : rien, dans ce match. Pire, même : ayant hérité d’un coup franc plutôt bien placé à proximité du rectangle, il a trouvé le moyen de balancer une faible mine à côté du but argentin alors que tous nos joueurs de taille ne demandaient qu’à envoyer une tête dans le cadre... Ces deux-là n’avaient pas envie que ça rentre ou quoi ?

Soit... Les regrets sont éternels ; comme les résultats. On ne s’est pas créé assez d’occasions pour prétendre gommer la scoumoune de la 8ème minute. Trop peu de joueurs sont parvenus à hausser leur niveau de jeu pour détruire l’organisation impeccable des Argentins. Terminus, tout le monde redescend sur terre.

Et maintenant ? D’abord, les explications du Café des Sports, du Commerce et de l’Industrie réunis !

Putain, chier ! Et c’était quoi, cet arbitre...

D’une manière générale, les joueurs, entraîneurs et dirigeants préfèrent désormais ne pas s’exprimer sur l’arbitrage plutôt que de balancer à chaud, des phrasettes bien senties qu’il est trop facile d’assassiner par la suite au moyen d’un ralenti bien calé. Mais moi, je me tape de ces états d’âme comme de ta première crise de nerfs. D’autant plus que les ralentis, je les ai déjà vus et revus à l’heure qu’il est.

Dire que j’ai été conquis par les directeurs du jeu lors de cette Coupe du Monde, serait largement exagéré. Au contraire, même : là où le talent et la forme physique ont fortement évolué depuis la W.C. 2010, on aimerait pouvoir dire que la qualité de l’arbitrage est au moins restée stable. Malheureusement, non : elle a régressé.

Les alibis modernistes de la goal line technology ou de l’utilisation d’un aérosol de mousse à raser pour cadrer les murs de joueurs, cachent une forêt d’arbres aux fruits vénéneux : les coups de coude dans ta bakkes, les tacles criminels à hauteur de tes kouÿs, les caramels assénés en douce, les violences de tout ordre, les pertes de temps, l’antijeu, les simulations et autres trucages exaspérants furent bien trop souvent tolérés – pour ne pas dire encouragés. Alors que les simples body checks, qui font partie du football rappelons-le, furent bien trop couramment sanctionnés au détriment des attaquants. On est occupé à transformer le foot en un jeu pervers pour fillettes vicieuses...

Ainsi, le nombre incroyable de fautes sifflées contre Fellaini, a frisé le scandaleux : on le sait, Felloche se frotte en permanence à son défenseur, il s’impose à lui, on ne le bouge pas de l’endroit où il a choisi de se trouver. C’est la version coriace de Lukaku, l’armoire à glaces aux coins arrondis... Mais pourquoi une attitude est-elle jugée correcte en Angleterre ou en Allemagne alors qu’elle fut sanctionnée au Brésil ? Et pourquoi le seul Luis Suarez fut-il puni a posteriori sur base des images de télévision ?

Avertissement : à partir d’ici, on est dans le racontar de bas étage, dans le ragot foireux, dans l’hypothèse honteuse...

Putain, chier ! Ah, la famille...

Quelque part, en un moment incertain du premier semestre 2014, sonne un téléphone...

   On n’peuw jamais tchîr tranquye drôcis... », bougonne un individu à la forte morphologie en empoignant son portable. « Allauw ? »

   Sosthène[1] ?

   Mais oyï, heing ! Si tu formes mon numèrauw, c’est mi qui décroche, heing ! Qu’est-ce qu’y t’fauw co ?

   Awel, z’ai une fois bien réfléchi... Ze veux pas que ma femme vient avec au Brazil...

   T’as raisong : j’y ai penséy aussè... Prend’ ta femme avec à Riauw de Janeirauw, c’est comme alley au restaurang avec tes tartènes... Quand d’j’vwè des photows d’là-bas sur internéy... Saint nom di Djou ! Kéén des coumères, ti !

   Alley, donc, on est d’accord ?

   On est d’accord ! Dji va préparey eune conférence de presse : si nos femmes viennent pas avec, celles des joueurs non plus, heing. Sinon elles vont trouvey ça bizarre... ».

Il raccroche avec un sourire vainqueur : en plus, personne ne pourra jamais prétendre que l’idée venait de lui. Il contracte encore fermement ses abdominaux, juge que la production n’est pas à la hauteur des efforts consentis et conséquemment, s’attaque avec énergie au rouleau de papier hygiénique.

*   *

*

Quelque part, début juillet 2014 en un endroit indéfini du Brésil, sonne un autre téléphone... Couché sur son lit d’hôtel, un individu de taille moyenne, mais à la musculature bien développée, sursaute. Il jette un regard rapide à l’écran de l’appareil avant de tirer sur les cheveux de la femme de chambre – prénommée Germaine[2], précisons à l’attention de ceux d’entre nous qui seraient friands de ragots – qui était en train de lui tirer une bonne vieille pipe. Il se place l’index sur les lèvres pour lui intimer le silence avant de décrocher.

   Allo ?

   Jean-Norbert[3] ?

   Ah, c’est toi chérie ! », fait-il hypocritement tout en intimant par gestes à Germaine, de se remettre à l’ouvrage. « Tu vas bien ? »

   Bah, ça pourrait aller mieux... Tu me manques, chéri.

   Je le devine... Toi aussi, tu me manques », tente-t-il de la rassurer tout en exerçant une pression conquérante sur l’occi de la pute.

   Oh, chéri ! La vie est impossible ici sans toi... Si je te disais ! Ta mère passe tous les jours pour soi-disant me tenir compagnie ! Qu’est-ce qu’elle croit ? Que je vais profiter de ton absence pour m’envoyer le facteur ou le plombier ou que sais-je ?

   Mais non chérie ! Tu sais comment elle est...

   Oui mais merde à la fin ! », s’insurge la jeune femme. « C’est avec toi que je suis mariée, pas avec elle ! »

   Mais évidemment, chérie... Allons, prends donc un peu ton mal en patience, il n’y en a plus que jusqu’à la finale. Après, je serai tout à toi !

   Encore jusqu’au 13 juillet ? Oh, chéri... Ils ont vraiment besoin de toi là-bas ? Parce que ta mère, c’est une chose... Mais en plus, les enfants sont vraiment insupportables ! Tant qu’il y avait école, ça allait encore, mais ils sont en vacances désormais... Je n’en peux plus, je t’assure !

   Je... Je vais voir ce que je peux faire, chérie... Je t’embrasse !

Il raccroche, envahi par un vague à l’âme féroce. La femme de chambre lui lance un regard aussi navré que la bite sur laquelle elle s’escrime encore pour la forme et qui a perdu beaucoup de sa superbe.

   Tirez-vous, Germaine », soupire-t-il. « Vous me finirez une autre fois ».

Putain, chier ! Quel métier de merde...

La Brésilienne s’évacue en douceur. On a beau dire et penser que c’est une gourgandine, elle n’en affiche pas moins une mine affligée : on a de la conscience professionnelle ou pas.

Mais elle a à peine refermé la porte que la sonnerie du portable retentit à nouveau.

   Allo ?

   Joun-Nourbourt ? », lui demande-t-on avec un accent portugais prononcé.

   Bonsoir, coach !

   Qu’ouche quou jou lous douns lou prousse ? Quou vous joullez iloumouner l’Ourjountine ?

   C’est possible, coach. Je pense sincèrement que nous avons en effet tout en mains pour accéder aux demi-finales. Et là, contre les Hollandais, je suis certain que nous avons notre chance aussi !

   Mon poutit Joun-Nourbourt... », s’emporte-t-on. « Çou n’outait pas privou ! Tou nou dois pas oublier quou c’est toun cloube qui tou paie ! Tou vas manquer lou doubout dou lou préparationne, fiche dé poutain ! »

   Mais coach...

  • Si tou fais l’oumboucile, j’envoie toun frère au Chtoundourd, caray !

       Au Standard ? Mais enfin, coach...

    Il entend le clac fatidique : ‘on’ lui a raccroché au nez. Il est catastrophé : d’abord, les problèmes familiaux, puis ça... Non, mais merde, à la fin !

Fin du passage scandaleux.

*   *

*

Scandaleux ? Oui, bien sûr ! D’ailleurs, c’est dans tous les médias : « Tout s’est très bien passé, on n’a pas eu l’ombre d’un problème »... Ben voyons : vingt-trois jeunes gaillards friqués et en pleine forme sont restés enfermés dans un hôtel comme si c’était une prison, sans bambocher au Carré local, sans se prendre une tamponne, sans s’enrouler avec une nana, sans moufter d’être sur le banc, sans se chamailler... Pendant trois semaines ? J’ai encore plus de mal à avaler ça que l’Amaretto glace préféré de ton diabète, chérie !

On se souvient d’une Coupe du Monde où des problèmes dits familiaux avaient méchamment démoli l’ambiance, alors que, d’autre part, c’est un secret de polichinelle que les compétitions opposant les équipes nationales sont mal vues par les clubs. Non seulement, elles véhiculent leur lot de blessures plus ou moins graves, mais de plus, elles valorisent les joueurs, leur apportant une popularité fortement amplifiée par un impact médiatique énorme. Or la popularité va nécessairement de pair avec la taille des contrats... payés par les clubs ! Pour mémoire, les championnats et coupes européennes reprendront bientôt...

Bon... Rendez-vous pour un vrai moment de gloire belgicaine en 2016 à l’occasion de l’Euro français ? Là, les problèmes d’éloignement et de séparation familiale ne se poseront que pour les Diables Rouges jouant en Amérique latine. C’est-à-dire aucun. Pour le moment...



[1] Après avoir causé à l’avocat de ma concierge, j’ai jugé qu’il était plus prudent d’employer des prénoms d’emprunt.

[2] Quoi, « une femme de chambre brésilienne qui s’appelle Germaine, ça fait peu crédible » ? Et pourquoi donc, te demandé-je ??

[3] Après avoir emprunté un prénom à mon banquier, j’ai jugé qu’il était plus prudent d’employer un prénom  d’emprunt que personne ne risque jamais de porter.

05/07/14 :Pays-Bas - Costa Rica 0-0 (5-3 a.t.)

Le visage empourpré, les membres atteints de tremblements incontrôlables, les yeux exorbités, le Maître[1] s’épouvante à l’écoute des commentaires lénifiants qui suivent le non-match des Diables Rouges...

« Parce que l’on ne peut rien reprocher à nos joueurs, qui ont fait tout ce qu’ils ont pu, qui, jusqu’à la dernière seconde, ont poussé les Argentins dans leurs derniers retranchements... », lui assène son écran géant personnel.

   Leurs derniers retranchements ? », éructe-t-il. « Jusqu’à la dernière seconde ? Et le reste du temps alors ?? Elles étaient où nos stars internationales ? Hein ? »

   Dans ton cul ! », réagit un voisin avec une vulgarité honteusement hors de propos en ce jour de deuil national.

   Quoi ? », s’emporte le Maître.

Ivre de rage, il saute du fauteuil surélevé duquel il a regardé le match, boule sur la moquette du salon comme un commando parachuté dans la savane, s’empare de la lourde table du salon, la brandit par dessus sa tête dans le tintamarre des cannettes de bière vides qui la jonchaient, et la balance avec un ahanement impressionnant, dans la tronche de gendre idéal de Benjamin De Ceuninck. Heureusement, par la grâce du miracle électronique, ce dernier s’en contrefout... L’écran, toutefois, réagit moins bien : il fait un grand ‘krak’, se lézarde instantanément et périt dans un sifflement apocalyptique tandis que le meuble projectilisé retombe sur le sol en poussant le même cri déchirant que celui qu’il vient d’assassiner.

   Merde, je l’ai pété ! », se rend compte le Maître en tombant à genoux alors que dans sa tête résonnent des bruits d’hôpital : “Doctor Davis, telephone please... Doctor Davis, telephone please... Doctor Blair... Doctor Blair... Doctor J. Hamilton... Doctor J. Hamilton...”

Il jette un regard navré en direction des ruines de son écran... Un éclat de verre lui renvoie sa propre image... Non, cela ne lui ressemble pas !

   Forgive me, God, ’cause I have sinned... And I raise my head and stare, into the eyes of a stranger...  », psalmodie-t-il, au comble du désespoir[2].

Il s’ébroue, se relève... D’un regard, il mesure l’étendue des dégâts... « Bordel, je vais encore devoir recourir aux services de Nick Amok », déplore-t-il, avant de penser au match de 22:00 heures : le monde ne s’arrête pas de tourner parce que les Belges se sont fait évacuer ! Il est catastrophé...

   Putain, cet écran ne sera jamais réparé à temps !

Il envisage en un éclair les solutions alternatives qui se présentent à lui... Un sourire mauvais aux lèvres, il se rend dans son bureau et farfouille quelques instants avant de mettre la main sur une télévision portative dotée d’un écran de sept pouces[3] qu’il avait un jour achetée dans un moment d’égarement compulsif...

   Tant pis, pour les grandes gueules des Hollandais ! », ricane-t-il en mettant le minuscule appareil en charge. « Il n’y a pas à chipoter, il faudra bien qu’elles tiennent là-dessus ! »

*   *

*

Eh bien, les grandes gueules en question ont tenu ! Avec toute la fierté, toute la sérénité arrogante, toute la morgue hautaine dont nos chers voisins sont capables, elles ont même crevé l’écran ! Parce qu’entre deux mines mémorables de Sneijder sur le cadre du but costaricain et une transversale à l’issue d’une phase confuse, les Hollandais auraient largement mérité de se qualifier sans devoir se soumettre à l’épreuve des tirs au but. Bah... Rien qu’à voir leurs têtes, rien qu’à sursauter au changement de gardien opéré par Van Gaal tout en fin de prolongation, on savait que les pénoches ne seraient qu’une formalité pour eux. Ils n’ont pas tous le talent qu’ont les Diables Rouges. Mais quelle mentalité d’acier trempé ! Même s’ils ne sont évidemment pas à l’abri d’une défaite, on ne les verra pas perdre sans aller tous au bout d’eux-mêmes. Quelle leçon ! Pour les Belges comme pour les Français !!



[1] Lire ‘Destins Croisés’, ‘La Voie Royale’, ‘Fais pas ta crise’, etc. Si tu n’as rien d’autre à foutre, les liens conduisant à ces impérissables chefs d’œuvre se trouvent sur le Chiloublog , peace, love et démerde-toi.

[2] Écouter, réécouter, lire, relire, voir, revoir l’impérissable opus de Queensrÿche “Operation: Mindcrime”. C’est tout sauf récent, mais ça n’a pas pris une seule ride et c’est disponible en CD, en DVD (ou illégalement, bien sûr...)

[3] Je savais bien qu’elle allait servir, cette petite merde ! Mais rends-toi compte : 7 pouces, ça te fait directement, une diagonale de 17,5 centimètres... Dois-je te dire combien de pixels fait le ballon quand le terrain est affiché dans son entièreté ? Maximum 3 !

08/07/14 : Brésil - Allemagne 1-7

Tu sais encore ce qu’il s’est passé, ce 4 juillet ? La fête nationale des États-Unis, oué, c’est ça... On cause de foot, je te rappelle : le Brésil avait battu la Colombie, fieux ! Toujours en pratiquant un football qui était tout sauf brasileiro, mais surtout, en perdant du coup, Thiago Silva, qui avait profité de l’occasion pour se manger un deuxième carton jaune, ainsi que Neymar, victime d’un sale coup de genou dans la colonne vertébrale. D’après ce que l’on avait vu de l’équipe jusque là, autant dire que sa défense en sortait décapitée, de même que son attaque...

Huit jours plus tard, patatras... À la demi-heure de jeu, c’était déjà 0-5 ; en larmes dans les tribunes, les Brésiliennes fondaient comme si on les avait laissées au soleil... Horrible ! Ignoble ! Épouvantable ! Surtout avec leur maquillage auriverde qui en profitait pour leur dégouliner dessus en longue traînées kaki... Bordel, où es-tu, Kaka ? Non, ne réponds pas...

Je donne peut-être l’impression, mais ne crois surtout pas que je me moque : ajouter des ricanements d’hyène à une telle déroute serait indigne. Au contraire, même, l’importance de la défaite confère aux vaincus une forme de dignité bafouée qui force le respect. Je serais, de plus, tenté de remercier les Argentins, eux qui nous ont évité l’éventualité de devoir affronter la machine de guerre teutonne ! Car c’est bien de cela qu’il s’agit : Löw a bâti une véritable équipe, un collectif soudé, solidaire, talentueux, volontaire, au sein duquel en plus, Khedira a été simplement fabuleux, cependant que les goals s’empilaient les uns sur les autres.

À l’opposé, ce Brésil ne valant que par quelques individualités a craqué d’une pièce en leur absence : pan-pan cucul ! Il n’en est pas mort pour autant : espérons que l’électrochoc de cette baffe féroce saura le faire renaître, pour qu’à l’avenir, il nous régale à nouveau du goûteux futebol qu’il néglige depuis bien trop longtemps.

Un match n’étant pas l’autre, on se gardera d’émettre quelque pronostic que ce soit à propos de la finale. Mais si les Allemands gardent le niveau qu’ils ont montré ce soir, ils seront clairement un dur morceau à croquer, quelque soit leur adversaire de dimanche. Et si on te demande qui t’a dit ça, tu peux dire que c’est moi !

09/07/14 : Pays-Bas - Argentine 0-0 (2-4 a.t.)

 Tu me l’avais dit : on va voir ce qu’on va voir ! Les Keisbollen de Wesley Sneijder contre les Gauchos de Lionel Messi ! L’organisation stricte des Argentins face à la créativité débridée des Holl... – merde, il n’y a plus qu’eux-mêmes qui ont le droit de s’appeler comme ça – Néerlandais ! Un match formidable, d’une intensité poignante, fourmillant d’actions d’éclat, foisonnant de situations périlleuses. Une lutte enthousiasmante qui, plus encore que la démo à sens unique de la veille, restera à tout jamais dans les annales !

Bon... On a vu... Un stratego morne et terne entre deux troupes de soldats disciplinés, vigilants, concentrés, tellement respectueux des consignes qu’ils s’interdisaient tout écart de conduite : une partie de gnagnagna que les entraîneurs considéreront certainement comme parfaite mais qui n’aura en vérité, jamais vraiment démarré. Cent vingt minutes casse-couilles et pesantes qui resteront à jamais dans les anales...

Cent vingt minutes ? Plus encore : la séance de tirs au but commençait d’emblée par un arrêt de Vlaar sur le pénalty de Romero – enfin, l’inverse, mais ce match m’a tellement endormi que j’ai la flemme de corriger – et là-dessus, la messe était dite. Tu vois le topo, hein : on s’était tous dit « Le match a été dégueu, vivement les dirs au pute, qu’il y ait un peu de suspense ! ». Mon cul : un tir capté et les carottes étaient cuites. Jamais vu un microonde aussi expéditif...

Anecdotiquement, Sneijder manquait lui aussi son pénoche. L’Argentine était en finale. Avec Lionel Messi dans un rôle défensif : où va le monde, je te le demande. Mais avec aussi Lucas Biglia en chaperon attentif de Mascherano. Tu te souviens ? Oui, c’est celui que d’incertains grrrrrrrands connaisseurs de notre Jupiler Pro League façon Stéphane Pauwels, se plaisaient à critiquer quand il évoluait sous la grisaille de nos cieux. Myopes, presbytes, astigmates, hypermétropes ! Repentissez-vous et passez chez Raf le Loup !!

11/07/14 : Les Gens sans Foot

L’œil éteint, il fixe son nouvel écran qui ne l’est pas moins, en ce jour de Fête Nationale flamande. Il a fait déblayer tout ce qui rappelait son stupide accès de colère de l’autre jour, y compris le satané fauteuil-ascenseur, et a profité des soldes pour tout remplacer par un canapé incitatoire[1] et une téloche d’une taille normale – ou presque : on est le Maître ou pas.

Faute de mieux, il attend donc, le cul bouché par une partie du divin divan[2] que commence la retransmission de l’étape du jour du Tour de France : Épernay – Nancy, 234 kilomètres d’un profil vallonné, sans difficulté majeure. Une promenade de santé pour ce peloton de machines à pédaler.

   Samedi, la finale des chèvres, dimanche celle des paons... », soliloque-t-il. « Puis, toute une semaine sans rien. Heureusement que le Tour en prendra un peu de hauteur dans ces jours-là, sinon on les aurait passés à jouer avec nos doigts de pied pour le plaisir de nos talons... ».

 Il lève une fesse pour se saisir de l’exemplaire du jour de la Déache. Dans le même mouvement, il rend sa liberté à un long pet d’une rare élégance, qui s’évacue sans se presser dans un langoureux murmure.

   Olga ! », appelle-t-il. « Venez ouvrir la fenêtre, ça sent la caserne ici ! »

La Polonaise s’empresse...

   Quoi s’être passé ? », questionne-t-elle en fronçant les narines. « Encore chance que pas pleutre trop fort pour moment : si c’était cette nuit, obligé faire aller spray... »

   Il ne s’est rien passé, Olga : on vit, on mange, on boit, on urine, on défèque, on flatule... En attendant de mourir. On copule aussi parfois, quand on n’est pas trop las...

Elle sent poindre chez lui, une vague de dépression comme il en connaît parfois quand il s’ennuie.

   Toi vu que Gillet partir Bastia ? », fait-elle innocemment pour tenter de lui changer les idées.

   Oui, j’ai lu ça... Je suis content pour lui : il s’est toujours dévoué pour le club, c’est sympa de se voir payé en retour. De plus, reconnaissons-le, partir habiter la Corse avec sa famille, tous frais payés et complétés d’un salaire sûrement plus que décent, à trente ans, on a déjà connu des sorts moins enviables...

   Ça si bien, la Corse ? », demande-t-elle avec une moue interrogative.

   Mais évidemment, Olga ! La Méditerranée, ses eaux limpides qui scintillent sous le chaud soleil du Midi ! La Corse, que l’on appelle aussi l’Ile de Beauté, ses rochers qui plongent dans la mer, ses forêts mystérieuses, ses sommets enneigés...

   Ah bien... Pourquoi nous pas habiter là-bas, alors ?

   Vous plaisantez, j’espère ! », la tance-t-il, sévère. « Pour devoir se taper un aller-retour en avion à chaque match du Sporting ? Et être obligé de suivre les matches en déplacement sur des streams pourris ? Vous perdez la tête, ma pauvre ! »

Il la détaille de bas en haut, puis de haut en bas, comme pour s’assurer que rien ne manque...

   Ouvrez-moi une cannette au lieu de dire des inepties ! Et allumez la télé... Faute de grives, on boit des bières...



[1] Un canapé incitatoire peut également être appelé ‘un divin divan’. À l’opposé, s’il est rédhibitoire – et figure donc parmi les termes dictionnariens – on en parlera sous le vocable péjoratif de ‘sofa comme ça’.

[2] Tu vois ? Et alors, hein, qu’est-ce qu’on dit ? Oui, on dit ‘Merci, Chilou, grâce à toi, j’ai pigé dans quel genre de meuble le Maître est vautré’. De rien, c’est avec plaisir que je participe à l’extension de ta culture.

12/07/14 : Brésil - Pays-Bas 0-3

Laisse-moi te confier un truc. Quoi ? Le code de ma carte bancaire ? Ce serait avec plaisir, ma désintéressée, ma charitable, ma généreuse, mais malheureusement, je viens de l’oublier. Naaaan, ce que je voulais te dire : sous des dehors parfois un peu comme ci comme ça, je suis en réalité une personne profondément imprégnée de justice. Ainsi, je n’aime pas que tu sois punie deux fois pour la même étourderie. Je suis parfois sévère, je te le concède et l’usure de ma cravache en témoigne, mais jamais je ne t’en ferais tâter à deux reprises pour le même faux-pli dont tu aurais déshonoré un de mes calebards.

Donc, bon, quand tu as pris un 7-1 dans tes gencives, je considère qu’il devrait être de bon ton de te foutre la paix. De te laisser un peu de temps pour te remettre de cette rouste, de te consentir un délai pour que tu puisses pleurer un bon coup – hurle ta douleur à ton aise, salope, ça fait du bien et en plus ça fait chier les voisins –, de t’autoriser à te reconstruire patiemment, dans la paix et la sérénité qu’apporte l’oubli. Mais moi, c’est moi. Et Blatter, c’est lui, et il n’en a rien à foutre de tes états d’âme. Pour lui, tu gagnes, tu perds, c’est le foot. Et si tu perds, t’es juste un fucking loser, et on va en remettre une couche, histoire que tout le monde puisse se rendre compte à quel point tu es une merde.

Je t’explique le Brésil en une parabole : sur un coup de tête, tu as organisé une partouze chez toi. Tu as fait de belles affiches, dans le style ‘Grand raout chez Moué le chosedi 31 juin, viens tous avec ta pute, on va baÿsaÿ’. C’est bien, c’est beau, c’est en couleurs, tu as même ajouté une photo de Marine Le Pen jeune pour égayer. Tu as fait les choses comme il fallait, courses chez Aldi, et tout ça. Malheureusement, le matin-même, ta viandasse du moment te claque dans les pattes au motif lumineux que c’est à cause d’à cause, la saleté de traînée. En catastrophe, tu te mets en chasse d’une ersatz. Pas de bol, tu as beau faire le tour du répertoire de ton portable, on est indisponible, on vient de se maquer avec un indéfini ou on est sur messagerie. Tu te dis que tu as peut-être fait le difficile, tu refais un tour, tu traques le fond du panier, les boiteuses, les pustuleuses, les anorexiques, les scrofuleuses, les obèses... Bézef et broque de viole ! La panique t’habite au fur et à mesure que le temps s’écoule... Inexorablement, si bien que l’heure vient. Navré, tu trouves des faux fuyants, tu tergiverses, tu digresses, tu inexpliques à l’arrivée de tes potes. Ils te disent que c’est pas grave, mais quand même, tu remarques qu’ils l’ont un peu mauvaise : il est plaisant de recevoir, mais sans donner, ça fait mesquin.

Bon, tu leur sers des bières, tu leur éventres des sachets de chips et la conversation s’engage. Tu joues la défense car in petto – si j’ose écrire – tu chies la honte, mais quand même, à un moment, tu repères une nana qui t’inspire d’autant plus que, la moustache en moins, elle ressemble vaguement à une amie de ta môman qui te faisait triquer féroce du temps où tu venais de t’apercevoir que ça ne sert pas qu’à pisser. Comme tu as de l’éducation, tu lui bredouilles un aimable ‘Eh, t’es un tantinet velue mais t’as des belles loches, toi’, puis tu te l’embroques façon brancard avec le sourire... Lequel ne dure pas car, soudain, tu remarques dans le rétroviseur de tes couilles, qu’un malotru est en arrière-train de te mettre un bagage dans le coffre. Tu tournes la tête et tu reconnais le mec à la meuf que tu tires, un malabar de deux mètres et des microns, avec des bras comme des cuisses et des cuisses comme des piliers de pont. Il glousse en t’expliquant : « Ach, ich heiße Fritz, und che vonczionne zur un garco mixde ».

Soit... Les choses se passent, je ne vais pas entrer dans le détail, tu en profiterais pour me traiter de scabreux, sournois comme je te connais. Toujours est-il que tout finit toujours par finir et que tu retournes – d’une démarche un peu bizarre mais que serais-je pour me moquer – t’occuper des bières et des chips que tu n’aurais jamais dû délaisser. Petit à petit, le reste du bétail se prépare à s’évacuer quand tu entends quelqu’un crier : « Allez, on remet ça demain ? ». Tu grimaces un sourire contrit : « Non, merci ».

   Ah ben si ! », te contre-t-on. « On fait une soirée brésilienne à Amsterdam ! Il faut que tu en sois !»

   Mais je n’en suis pas[1] ! », protestes-tu au milieu de sourires sceptiques.

Devant tes yeux, passe l’image en vert et or, d’une réclame pour une pommade : « Anusol, le derrière qui rigole ! Du soleil pour votre anus ! »[2].



[1] On s’est fait chier ce samedi soir : un match sans enjeu, ça manque de sel... Donc, c’est un jeune homme quelque peu maniéré qui se rend chez l’épicier. À quelques pas de là, des ouvriers sont occupés à bosser sur un échafaudage. Et ils n’y vont pas de main morte, armés d’un humour de mal dégrossi :

– Eh, vise la pédale ! Hohohoho... Mademoiselle, moi c’est Léon, j’ai un beau camion et un gros saucisson !

– Youhou, Miss Prenduron ! Viens voir, j’en ai une comme une thermos ! En plus chaude !!

Légèrement énervé par ces quolibets, le jeune homme se bouche les oreilles en se murmurant « Pfff... Ouvriers, va ! ». Mais c’est le rouge au front et dans un état proche de l’irritation qu’il entre dans le magasin.

– Bonjour, Monsieur l’épicier ! Je voudrais une salade.

– Laitue ?

– C’est évident ! », lui remballe le jeune homme, dans un éclat de colère. « Mais ça ne vous donne pas le droit de me tutoyer ! »

[2] Cette fausse pub n’est pas de moi : elle est de mon père, Gilbert Pion. Ce lundi 14 juillet 2014, il y aura trente-six années que tu es parti pour nulle part, papa, avec ton humour et ta joie de vivre, en oubliant tes Orval et tes Mervil sans filtre. Si longtemps sans toi, ça n’aura pas toujours été sympa mais je n’en aurai jamais cessé de t’aimer pour autant... À défaut de mieux, je t’embrasse la mémoire de tout mon cœur.